Un devis à reformuler, une relance à écrire, le compte rendu d'une réunion avec un client : coller un texte dans ChatGPT, Claude ou Gemini prend deux secondes. Ce que devient ce texte ensuite, peu de dirigeants le savent.
Trois questions se posent à chaque fois. Où ce texte est-il stocké ? Combien de temps est-il gardé, y compris après avoir cliqué sur « supprimer » ? Sert-il à entraîner le modèle, c'est-à-dire à l'améliorer pour tous ses utilisateurs ?
Selon l'INSEE, 38 % des entreprises de 10 salariés ou plus qui n'utilisent pas l'IA citent la protection des données parmi leurs freins, soit près de quatre sur dix. Selon le baromètre France Num 2026, 40 % des TPE et PME utilisent une solution d'IA, et 19 % une solution payante.
La réponse aux trois questions dépend d'abord de la façon d'utiliser l'IA : avec un compte personnel, avec un compte d'entreprise, ou par une API. Elle dépend ensuite du fournisseur. Cet article explique ces trois usages, donne pour chacun ce qu'il en est chez les fournisseurs les plus connus, et termine par ce qu'une TPE ou une PME peut régler dès lundi. Les décisions de justice et le détail du droit sont en annexe.
Trois mots à connaître
Le stockage, c'est l'endroit où la donnée est posée : un serveur, dans un pays.
La conservation, aussi appelée rétention, c'est la durée pendant laquelle elle y reste. Le RGPD pose le principe : pas plus longtemps que nécessaire au regard de ce pour quoi elle a été collectée.
L'entraînement est une utilisation de plus : vos échanges servent à modifier le modèle, pour tous ceux qui l'utilisent ensuite.
Trois façons d'utiliser une IA, trois règles du jeu
La même IA peut s'utiliser de trois façons, et chacune a ses règles.
- Le compte personnel. On ouvre ChatGPT, Claude, Gemini ou Mistral Vibe dans un navigateur ou sur son téléphone, avec un compte créé à son adresse mail, gratuit ou payant. ChatGPT Plus ou Claude Max en font partie : payer ne fait pas changer de catégorie.
- Le compte d'entreprise. La même application, souscrite par l'entreprise et gérée par un administrateur : ChatGPT Business, Claude Team, Gemini dans Google Workspace, Microsoft Copilot en entreprise (ex-Microsoft 365 Copilot). Elle relève des conditions commerciales du fournisseur.
- L'API. Pas d'écran de conversation : un logiciel envoie le texte au modèle et récupère la réponse. C'est ce qu'utilisent une automatisation dans Make ou n8n, un logiciel métier qui intègre de l'IA, ou un agent comme OpenClaw. Elle se paie à l'usage.
En résumé
| Compte personnel | Compte d'entreprise | API | |
|---|---|---|---|
| Conservation | Jusqu'à ce que vous supprimiez la conversation, puis 30 jours en général chez ChatGPT, Claude et Grok, avec des exceptions | Fixée le plus souvent par l'administrateur | Une copie de contrôle, 30 jours chez la plupart des grands fournisseurs |
| Entraînement par défaut | Oui chez la plupart des fournisseurs | Non chez les fournisseurs relevés | Non sur les offres payantes des grands fournisseurs. Oui sur certaines offres gratuites |
| Contrat de sous-traitance | Aucun mentionné chez OpenAI et Anthropic | Proposé chez OpenAI et Anthropic | Proposé chez OpenAI et Anthropic |
| Zéro rétention | Non | Non | Possible, sur demande ou en option |
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L'entraînement dépend de l'offre, pas du statut de l'utilisateur. Un particulier peut payer un abonnement et voir ses échanges servir à l'entraînement. Il y a aussi des exceptions dans l'autre sens : la nouvelle application Copilot pour particuliers n'entraîne pas les modèles de fondation de Microsoft, et l'API de Kimi entraîne par défaut.
Avec un compte personnel
C'est le compte que beaucoup de salariés utilisent aussi pour le travail. Dans l'étude Cisco 2025, menée auprès de 2 600 professionnels de la protection des données et de la sécurité dans 12 pays, près de la moitié admettent avoir déjà saisi des données personnelles de salariés ou des informations non publiques dans un outil d'IA générative.
L'entraînement est activé par défaut presque partout
Sur la plupart de ces comptes, payants compris, vos échanges servent à l'entraînement tant que vous ne l'avez pas refusé. Le réglage se coupe dans l'application : le chemin est donné dans le tableau plus bas.
Refuser vaut pour la suite. Anthropic, Meta et Perplexity l'écrivent : ce qui a déjà servi à un entraînement y reste.
Un détail compte : le pouce levé ou baissé sous une réponse. Chez OpenAI, il fait entrer toute la conversation dans l'entraînement, même si vous l'avez refusé. Chez Anthropic, il fait conserver la conversation cinq ans, et elle peut aussi servir à l'entraînement.
Supprimer n'efface pas tout de suite
Supprimer une conversation la retire de votre historique tout de suite. Elle disparaît des serveurs plus tard, et pas toujours.
- ChatGPT, Claude, Grok : effacement des serveurs sous 30 jours, sauf obligation légale ou de sécurité.
- Gemini : environ deux mois selon la règle générale de Google, et jusqu'à six mois dans les sauvegardes. Une partie des conversations est relue par des humains. Celles-là sont gardées jusqu'à trois ans, détachées du compte, même si vous supprimez votre activité.
- Claude : si vous avez accepté l'entraînement, vos échanges peuvent être conservés jusqu'à cinq ans, sous une forme désidentifiée.
- Meta AI : les conditions européennes préviennent que supprimer un message, une conversation ou même son compte peut ne pas supprimer la copie détenue par Meta. Aucune durée n'est publiée.
- Mistral, Perplexity, DeepSeek, Kimi, Qwen : aucun délai d'effacement chiffré n'est publié.
Le chat temporaire, ou incognito, évite l'historique et l'entraînement, mais une copie reste gardée : jusqu'à 30 jours chez OpenAI, Anthropic et Grok, 72 heures chez Google, 24 heures chez Perplexity.
La mémoire, enfin, retient des informations d'une conversation à l'autre dans votre compte. Elle ne modifie pas le modèle, mais une information confiée un jour peut ressortir plus tard. Chez ChatGPT, supprimer une conversation ne supprime pas forcément le souvenir qui en a été tiré.
Outil par outil
| Outil | Conservation | Entraînement | Serveurs |
|---|---|---|---|
| ChatGPT (Free, Go, Plus, Pro) | Jusqu'à suppression, puis effacement sous 30 jours | Oui par défaut. Pour refuser : Paramètres, Contrôle des données, « Améliorer le modèle pour tous » | États-Unis et autres pays |
| Claude (Free, Pro, Max) | Jusqu'à suppression, puis 30 jours. Jusqu'à 5 ans si l'entraînement est accepté | Choix demandé à l'utilisateur. Pour le modifier : Paramètres, Confidentialité | États-Unis |
| Gemini (compte Google personnel) | 18 mois par défaut, 3 ou 36 mois au choix. Environ 2 mois après suppression, 3 ans si relu par un humain | Oui par défaut. Pour refuser : Activité, Désactiver. Les conversations ne sont alors gardées que 72 heures | Non précisé |
| Microsoft Copilot pour particuliers (application depuis le 18 août 2026) | Non publiée | Non, pour les modèles de fondation | Non précisé |
| Grok (xAI) | Pas de durée publiée. Effacement sous 30 jours après suppression | Possible, réglage initial non précisé. Pour refuser : Paramètres, Data Controls, « Improve the model » | États-Unis |
| Meta AI (WhatsApp, Instagram, Facebook, Messenger) | « Au cas par cas ». Suppression non garantie | Oui par défaut. Pour refuser : formulaire d'opposition, distinct pour WhatsApp | Monde entier |
| Mistral Vibe, ex-Le Chat (gratuit, Pro) | Jusqu'à suppression. Délai d'effacement non publié | Oui par défaut. Pour refuser : Manage, Vibe, Privacy | Union européenne |
| Perplexity (gratuit, Pro, Max) | Jusqu'à suppression. Délai d'effacement non publié | Oui par défaut. Pour refuser : Preferences, « AI data retention » | États-Unis |
| DeepSeek | Tant que le compte existe. Délai d'effacement non publié | Oui par défaut. Pour refuser : Paramètres, Gestion des données (chemin publié en chinois seulement) | Chine |
| Kimi (Moonshot AI) | Durée « nécessaire », non chiffrée | Oui par défaut. Pour refuser : écrire au service client | Chine |
| Qwen (Alibaba) | Durée « nécessaire », non chiffrée | Oui, sur des données dé-identifiées. Aucun réglage, demande par mail | Singapour |
| Xiaomi MiMo Desktop | Durée « nécessaire », non chiffrée | Oui par défaut. Pour refuser : Paramètres, Général, Confidentialité | Singapour |
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Relevé sur les pages officielles des éditeurs le 19 octobre 2026, revérifié le 27 octobre. « Non publiée » : l'information ne figure pas sur les pages consultées. Les noms des réglages changent souvent et peuvent différer dans votre application.
Les IA qui se disent éthiques
Plusieurs assistants se présentent comme éthiques, souverains ou respectueux de la vie privée. Leurs conditions confirment l'essentiel : vos échanges ne servent pas à l'entraînement. Elles montrent aussi que la page d'accueil en dit parfois plus que le texte qui engage l'éditeur.
- Euria, d'Infomaniak, tourne sur des serveurs en Suisse avec des modèles open weight. Sa page d'accueil dit que les données ne sont « ni enregistrées ». Sa foire aux questions décrit pourtant un historique conservé, à supprimer soi-même. Seul le mode éphémère ne garde rien.
- Lumo, de Proton, se présente comme un assistant qui ne stocke pas les conversations. Sa politique précise que l'historique est stocké chez Proton, chiffré de façon que Proton ne puisse pas le relire. La question, elle, est lisible par les serveurs de Proton le temps de la réponse. Le pays des serveurs n'est écrit sur aucune page officielle.
- Duck.ai, de DuckDuckGo, relaie vos questions vers OpenAI, Anthropic ou Mistral. Il retire votre adresse IP, pas ce que vous tapez. Sa page d'aide annonce une suppression immédiate chez ces fournisseurs, sa politique parle d'au plus 30 jours.
- Brave Leo, l'assistant du navigateur Brave, ne garde les questions que quelques minutes. Mais le pouce levé ou baissé envoie toute la conversation, gardée un an.
- Kagi Assistant efface les conversations au bout d'un jour par défaut. Il publie la durée de conservation de chaque fournisseur qu'il utilise, 30 jours chez Anthropic, OpenAI et xAI.
| Outil | Conservation | Entraînement | Serveurs |
|---|---|---|---|
| Euria (Infomaniak) | Historique gardé, à supprimer soi-même, durée non écrite. Rien en mode éphémère | Non | Suisse |
| Lumo (Proton) | Historique stocké, illisible par Proton. Sans compte, effacé en fin de session | Non, sauf retour volontaire sur le modèle Apertus | Europe, pays non précisé |
| Duck.ai (DuckDuckGo) | Historique dans le navigateur. Chez les fournisseurs, au plus 30 jours selon la politique | Non | Non précisé, société américaine |
| Brave Leo | Quelques minutes. Historique sur l'appareil. Retour volontaire gardé 1 an | Non | Non précisé, société américaine |
| Kagi Assistant | Conversation effacée après 1 jour. Chez les fournisseurs, de 0 à 30 jours | Non | Non précisé, société américaine |
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- Euria : données « ni enregistrées »
- Lumo : ne stocke pas les conversations
- Duck.ai : suppression immédiate chez les fournisseurs
- Euria : un historique conservé, à supprimer soi-même
- Lumo : historique stocké, illisible par Proton
- Duck.ai : au plus 30 jours
Aucune de ces pages ne cite d'audit indépendant de ses promesses. Pour connaître ce que l'éditeur déclare garder, il faut lire sa politique de confidentialité et ses conditions d'utilisation, pas sa page d'accueil. Ce sont ses engagements écrits, pas une vérification technique.
Avec un compte d'entreprise
Le compte d'entreprise donne accès à la même application, sous les conditions commerciales du fournisseur.
- Entraînement : non par défaut chez les fournisseurs relevés. Seul Mistral ne précise pas le réglage par défaut de son offre Team, que l'administrateur peut couper.
- Conservation : le plus souvent fixée par l'administrateur.
- Contrat : OpenAI et Anthropic proposent un accord de traitement des données, le contrat qu'exige le RGPD quand un prestataire traite des données pour vous.
| Compte | Conservation | Entraînement | Serveurs |
|---|---|---|---|
| ChatGPT Business, Enterprise | Fixée par l'administrateur. Effacement 30 jours après suppression | Non | Europe possible pour les nouveaux espaces Enterprise |
| Claude Team, Enterprise | Jusqu'à suppression. Enterprise : sans limite par défaut, réglable | Non | États-Unis |
| Gemini dans Google Workspace | 18 mois par défaut, réglable | Non | États-Unis ou Europe, selon l'édition |
| Microsoft Copilot en entreprise (ex-Microsoft 365 Copilot) | Règles fixées par l'entreprise | Non | Frontière de données de l'UE, sauf modèles d'Anthropic |
| Mistral Vibe Team | Jusqu'à suppression | Réglage par défaut non précisé. L'administrateur peut le couper | Union européenne |
| Mistral Vibe Enterprise | Jusqu'à suppression | Non | Union européenne |
| Perplexity Enterprise | Fixée par l'administrateur. Fichiers gardés 7 jours | Non | États-Unis |
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Un compte d'entreprise ne garantit pas des serveurs en Europe : Claude et Perplexity stockent aux États-Unis.
Par une API
L'API ne garde pas d'historique à afficher.
- Conservation : le fournisseur garde une copie de contrôle pour détecter les abus, les « journaux d'abus ». 30 jours chez OpenAI, Anthropic, Grok et Mistral, 55 jours chez Google.
- Zéro rétention (Zero Data Retention) : rien n'est gardé après la réponse. Elle n'existe que pour l'API. Elle se demande au fournisseur, sauf chez Grok où elle s'active soi-même. Elle a des exceptions : chez Anthropic, un contenu signalé reste gardé jusqu'à 2 ans.
- Entraînement : non par défaut sur les API payantes des grands fournisseurs américains. Les offres gratuites de Mistral et de Google, hors d'Europe, servent à l'entraînement. L'API de Kimi entraîne par défaut, sauf contrat entreprise.
| API | Conservation | Entraînement | Serveurs |
|---|---|---|---|
| OpenAI | 30 jours. Zéro rétention sur accord | Non | Plusieurs régions, dont l'Europe |
| Anthropic (Claude) | 30 jours. Zéro rétention sur accord, sauf modèles Mythos et Fable (30 jours imposés) | Non | Stockage aux États-Unis |
| Google Gemini, offre payante | 55 jours. Pas de zéro rétention, renvoi vers Google Cloud | Non | Non précisé |
| Google Gemini, offre gratuite | Non publiée | Oui, avec relecture humaine. Dans l'Espace économique européen, règles de l'offre payante | Non précisé |
| Grok (xAI) | 30 jours. Zéro rétention en libre-service | Non | Région non garantie, sauf point d'accès américain |
| Mistral | 30 jours glissants. Zéro rétention sur demande, offre payante | Gratuit : oui. Payant : refusable, réglage par défaut non précisé | Union européenne |
| DeepSeek | Non publiée | Aucun engagement écrit | Chine |
| Kimi (Moonshot AI) | Tant que le compte est actif | Oui, sauf contrat entreprise | Singapour |
| Alibaba Model Studio (Qwen) | Non publiée | Non, sauf accord | Au choix, dont Francfort |
| Xiaomi MiMo | Non publiée | Non | Pays-Bas et Singapour |
| Scaleway Generative APIs | Rien par défaut. Jusqu'à 2 semaines en cas d'erreur ou d'abus | Non | Paris |
| OVHcloud AI Endpoints | Ni sauvegarde ni stockage, hors traitement par lots | Non | Gravelines |
| Infomaniak AI Services | Stockage le temps du traitement | Non | Suisse |
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Relevé sur les pages officielles des éditeurs le 19 octobre 2026, revérifié le 27 octobre. « Non publiée » : l'information ne figure pas sur les pages consultées. La zéro rétention n'est indiquée que là où elle est proposée.
Une API ne garantit pas non plus des serveurs en Europe : celle d'Anthropic stocke aux États-Unis, et celle de Grok ne garantit aucune région, sauf par son point d'accès américain.
Trois fournisseurs européens hébergent eux-mêmes des modèles open weight et les proposent par API : Scaleway et OVHcloud en France, Infomaniak en Suisse. Leurs conditions excluent l'entraînement et ne gardent pas le contenu par défaut. Aucun ne chiffre de bout en bout : le serveur lit la requête pour y répondre, et la protection repose sur le contrat.
Le logiciel métier qui intègre de l'IA
Il passe par une API, la sienne ou celle d'un fournisseur de modèle. Les règles sont alors celles de l'offre choisie par l'éditeur du logiciel. C'est à lui qu'il faut demander quel fournisseur il utilise, avec quelle conservation, et s'il a signé un accord de traitement des données.
Les agents installés chez soi : OpenClaw et Hermes
OpenClaw et Hermes Agent sont des agents open source qu'on installe sur son propre ordinateur. Ils envoient vos messages, par l'API, au modèle que vous choisissez de brancher : ce sont donc les règles de l'API de ce fournisseur qui s'appliquent. Avec un modèle qui tourne sur la machine, les messages restent en local. Les messageries branchées à l'agent, comme WhatsApp ou Telegram, gardent leurs propres règles.
Ce qui reste sur le poste mérite autant d'attention. OpenClaw garde conversations, mémoire et identifiants dans un dossier, en clair, et sa documentation recommande de chiffrer le disque. Une conversation supprimée y laisse une archive compressée, conservée sans limite de durée par défaut. Hermes Agent garde lui aussi tout en local, sans purge automatique.
Nous Research, l'éditeur de Hermes, propose aussi un service en ligne, Nous Portal. Ses conditions autorisent l'entraînement sur les échanges, sauf si l'utilisateur active lui-même un « Privacy Mode ».
Les modèles en open weight, comme Llama de Meta, Qwen, MiMo de Xiaomi ou Hermes, téléchargés et exécutés sur sa machine, n'envoient rien à leur éditeur. L'outil qui les fait tourner peut, lui, avoir sa propre télémétrie.
Le pays des serveurs
Le pays des serveurs compte, mais il ne décide pas seul du droit qui s'applique. La nationalité du fournisseur, ses contrats et les règles de transfert hors d'Europe comptent aussi. L'annexe 1 montre ce que cela peut donner avec un juge américain.
- Union européenne par défaut : Mistral, et les API de Scaleway et d'OVHcloud. D'autres proposent l'Europe en option, souvent réservée aux comptes d'entreprise ou à l'API : OpenAI, Google Workspace, Microsoft Copilot en entreprise, Alibaba, Xiaomi.
- Suisse : Euria et l'API d'Infomaniak. Lumo se dit basé en Europe, sans nommer de pays.
- États-Unis : Claude, Grok, Perplexity, et ChatGPT pour les comptes personnels (OpenAI cite aussi d'autres pays où se trouvent ses sociétés et ses prestataires). Les transferts s'appuient sur un cadre d'échange de données entre l'UE et les États-Unis, ou sur des clauses contractuelles types.
- Chine : DeepSeek et la version grand public de Kimi, dont les conditions renvoient au droit chinois. L'Union européenne n'a pas reconnu la Chine comme offrant un niveau de protection adéquat.
- Singapour : Qwen, l'API de Kimi, Xiaomi MiMo Desktop.
- Monde entier : Meta, qui indique partager les informations entre ses bureaux et centres de données.
Par où commencer lundi matin
- Faites la liste des outils d'IA utilisés dans l'entreprise, comptes personnels compris, et des logiciels qui intègrent de l'IA. Le décodage sur le Shadow AI explique comment les repérer.
- Coupez l'entraînement sur chaque compte personnel utilisé pour le travail, avec les chemins du tableau, et évitez le pouce levé ou baissé sur une conversation sensible.
- Ne collez aucune donnée de client, de salarié ni de secret d'affaires dans une offre sans accord de traitement des données, comme un compte personnel. Remplacez les noms par des initiales quand c'est possible. Si vos usages en ont besoin, choisissez un compte d'entreprise ou une API dont les conditions excluent l'entraînement, et vérifiez où sont les serveurs. Cet accord est obligatoire quand le fournisseur traite les données pour votre compte, mais il ne rend pas tout usage conforme au RGPD : n'envoyez que ce dont la tâche a besoin.
- Écrivez la règle dans une charte courte, formez les équipes, et inscrivez l'outil dans votre registre des traitements.
Les durées et les réglages de ce comparatif changent souvent. Ils se revérifient sur les pages des outils réellement utilisés, à chaque relecture de la charte.
Annexes
Annexe 1 : le procès New York Times contre OpenAI
En mai 2025, dans le procès qui oppose le New York Times à OpenAI, un juge fédéral américain a ordonné à OpenAI de conserver toutes les conversations qui auraient dû être effacées, y compris celles que les utilisateurs avaient supprimées.
ChatGPT Team, le compte d'entreprise destiné aux petites structures (aujourd'hui ChatGPT Business), était concerné. Seuls ChatGPT Enterprise, ChatGPT Edu et l'API sous contrat de zéro rétention en étaient exclus.
Cette obligation a pris fin le 26 septembre 2025, et les conversations venant de l'Espace économique européen, de Suisse et du Royaume-Uni ne font plus partie de ce qui reste conservé. En janvier 2026, le juge a confirmé la remise aux plaignants d'un échantillon de 20 millions de conversations dépersonnalisées, prises entre décembre 2022 et novembre 2024. OpenAI indique que ses clients professionnels n'en font pas partie.
Une durée de 30 jours inscrite dans une politique de confidentialité peut donc être suspendue par une décision de justice, dans un procès auquel l'utilisateur n'est pas partie. Dans ce cas précis, seuls les contrats Enterprise, Edu et de zéro rétention ont tenu.
Annexe 2 : DeepSeek et Meta face aux autorités européennes
En Italie, le Garante a ordonné le 30 janvier 2025 la limitation définitive du traitement des données des personnes situées en Italie par DeepSeek. À Berlin, l'autorité de protection des données a signalé l'application à Apple et à Google en juin 2025, en jugeant illicite le transfert des données vers la Chine. La CNIL n'a rien publié à ce sujet.
Meta entraîne ses modèles sur les publications et commentaires publics des adultes en Europe depuis le 27 mai 2025, au titre de son intérêt légitime. L'autorité irlandaise, compétente pour Meta, n'a pas interdit ce traitement et dit en suivre la mise en œuvre.
Annexe 3 : le cadre juridique
Quand un salarié colle les coordonnées d'un client dans une IA, l'entreprise traite une donnée personnelle. La CNIL l'écrit dans ses questions-réponses du 18 juillet 2024 : c'est l'organisme utilisateur qui engage sa responsabilité légale.
- Le contrat. Un fournisseur qui traite des données pour votre compte est un sous-traitant, et l'article 28 du RGPD impose un contrat qui l'encadre.
- Les recommandations de la CNIL. Éviter autant que possible de saisir des données personnelles, être attentif aux outils dont le fournisseur réutilise les données, privilégier quand c'est possible un déploiement « sur site », encadrer l'usage par une charte interne et former les utilisateurs.
- L'entraînement par le fournisseur. Pour la CNIL, dans sa fiche du 19 juin 2025, un fournisseur peut réutiliser les conversations pour améliorer son modèle au titre de son intérêt légitime, à condition d'informer clairement et de permettre l'opposition. Pour des échanges à caractère intime, il faut le consentement.
- Le modèle lui-même. Le Comité européen de la protection des données, dans son avis 28/2024, attend d'une entreprise qui utilise le modèle d'un tiers qu'elle ait vérifié qu'il n'a pas été développé de façon illicite, avec un effort proportionné au risque.
- La formation des équipes. L'article 4 du règlement européen sur l'IA, réécrit en juillet 2026, demande aux entreprises qui utilisent l'IA de favoriser la maîtrise de l'IA par leur personnel. C'est une obligation de moyens.
- Les transferts vers les États-Unis. Le cadre de protection des données entre l'UE et les États-Unis (Data Privacy Framework) a été validé par le Tribunal de l'Union européenne le 3 septembre 2025. Un pourvoi est en cours devant la Cour de justice : ce cadre peut encore tomber, comme les deux précédents en 2015 et en 2020.
Sources
- OpenAI : utilisation des données pour l'entraînement, suppression des conversations, la mémoire dans ChatGPT, politique de confidentialité Europe (24 août 2026), confidentialité des entreprises (8 janvier 2026), données sur la plateforme API.
- Procès New York Times c. OpenAI : ordonnance du 13 mai 2025 (copie), billet d'OpenAI (mis à jour le 22 octobre 2025), ordonnance du 5 janvier 2026, billet d'OpenAI du 12 novembre 2025.
- Anthropic : mise à jour des conditions grand public (28 août 2025), durées de conservation, comptes personnels, durées de conservation, organisations, conservation sur Enterprise, modèles à conservation imposée, chats incognito, localisation des données de l'API.
- Google : confidentialité des applications Gemini (13 octobre 2026), conservation des données chez Google, IA générative dans Google Workspace (6 octobre 2026), conditions de l'API Gemini, surveillance des abus de l'API Gemini.
- Microsoft : historique de l'application Copilot, confidentialité de Microsoft Copilot en entreprise (26 octobre 2026).
- xAI (Grok) : politique de confidentialité (11 octobre 2026), FAQ grand public, FAQ entreprise, sécurité de l'API.
- Meta : politique de confidentialité (23 juillet 2026), utilisation des informations pour l'IA générative, conditions des IA pour l'Union européenne (13 mai 2026). Data Protection Commission, déclaration du 21 mai 2025. CNIL, Meta et l'entraînement de ses IA (27 mai 2025).
- Mistral AI : politique de confidentialité (3 septembre 2026), utilisation pour l'entraînement, refuser l'entraînement, lieu de stockage, zéro rétention.
- Perplexity : avis de confidentialité (23 octobre 2026), collecte des données.
- DeepSeek : politique de confidentialité et version chinoise (10 février 2026), conditions de l'API. Garante per la protezione dei dati personali, décision du 30 janvier 2025. autorité de protection des données de Berlin, communiqué du 27 juin 2025.
- Kimi (Moonshot AI) : politique de confidentialité (24 août 2026), conditions de l'API (30 juillet 2026).
- Alibaba : politique de confidentialité de Qwen (7 septembre 2026), confidentialité de Model Studio.
- Xiaomi : politique de confidentialité de l'API MiMo (25 juin 2026), politique de MiMo Desktop (16 septembre 2026).
- Infomaniak : page d'Euria, gérer les conversations Euria (12 octobre 2026), guide de démarrage d'Euria, politique de confidentialité (25 septembre 2026), AI Services.
- Proton : présentation de Lumo, politique de confidentialité de Lumo (17 septembre 2026), Lumo et la vie privée.
- DuckDuckGo : conditions de Duck.ai (1er octobre 2026), aide sur la confidentialité de Duck.ai.
- Brave : politique de confidentialité du navigateur, section Leo (23 septembre 2026), page de Leo.
- Kagi : politique de confidentialité, conservation chez les fournisseurs de modèles.
- Scaleway : confidentialité de Generative APIs. OVHcloud : AI Endpoints, documentation, conditions particulières, annexe 10 (26 août 2026).
- OpenClaw : où vivent les données, secrets et stockage, maintenance des sessions, télémétrie.
- Nous Research : FAQ de Hermes Agent, politique de confidentialité de Nous Portal (28 septembre 2026).
- CNIL : questions-réponses sur l'utilisation d'un système d'IA générative (18 juillet 2024), fiche sur l'intérêt légitime (19 juin 2025), RGPD article 5 et article 28.
- Comité européen de la protection des données, avis 28/2024 sur les modèles d'IA (17 décembre 2024).
- Cour de justice de l'Union européenne, communiqué n° 106/25 (3 septembre 2025, affaire T-553/23). pourvoi C-703/25 P.
- Règlement (UE) 2026/1744 modifiant le règlement sur l'IA, Journal officiel du 24 juillet 2026.
- INSEE Première n° 2120, « Les technologies de l'information et de la communication dans les entreprises en 2025 », 21 juillet 2026 (11 000 entreprises de 10 personnes ou plus).
- Direction générale des entreprises, baromètre France Num 2026, 28 septembre 2026 (9 655 entreprises).
- Cisco, Data Privacy Benchmark Study 2025, 2 avril 2025 (2 600 professionnels, 12 pays).